Livre de Mots
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Cécile Rouquié, 2008
Introduction :
Écrire
Écrire, parce qu’on a quelque chose à dire. Parce qu’on a quelque chose à mettre au propre. Parce qu’on veut dire quelque chose à quelqu’un. Ou non. Écrire pour soi. Écrire pour se mettre au propre. Écrire par plaisir. Écrire parce qu’on ne sait pas communiquer autrement. Écrire, simplement. Laisser des mots visibles. Un mot, une phrase. Un fil de pensée.
Écrire, c’est tisser. Jouer avec ces fils. Les organiser, les agencer, ou en faire des pelotes de nœuds.
Lire, c’est prendre ces paquets de nœuds, et démêler les fils. C’est regarder la trame des fils, la trame du texte, du tissu de mot. Lire, c’est chercher ces fils, ces phrases, ces mots, et c’est chercher à les suivre, comprendre. Sinon, ce n’est plus lire, c’est simplement regarder.
Je crois que si j’ai commencé à utiliser l’écrit, c’est parce que je ne savais plus parler. Je ne savais plus aller vers les autres, et pourtant, je voulais dire quelque chose, moi aussi, même si aujourd’hui, je ne me souviens plus quoi… Alors j’ai cherché un autre moyen de m’exprimer. Écrire, peut-être. Mais écrire seulement, est-ce suffisant ? Écrire en image ? Une écriture-image ? Un peu comme le japonais peut-être. Alors j’ai appris le japonais. Dans l’idéogramme de l’arbre, en japonais, on peut reconnaître un arbre. Et celui du mot homme ressemble à un homme. Très bien.
Mais finalement, personne ne comprend le japonais ici. Ça n’était pas le bon moyen. Alors j’ai cherché à réintégrer le signe, le dessin dans l’écriture que ceux autour de moi connaissaient. A l’origine, je cherchais peut-être comment rendre les écritures plus communicatives, plus facilement compréhensibles, une sorte d’utopie, en somme. Petit à petit, le questionnement s’est élargi. Écrire pour qui, pour quoi, dans quel but, qu’en reste-t-il… Quel rapport entretenons-nous avec nos écritures, avec nos traces écrites ? Quel rapport entre le texte et la mémoire ?
Écrire, c’est déjà ne plus être là. C’est créer un double qui sera capable de raconter à notre place quand on sera absent. Écrire, c’est se dédoubler pour mieux raconter. C’est prendre en quelque sorte le temps de s’organiser pour dire quelque chose même sans être là.
Écrire, de toute façon, c’est prendre le temps. Prendre le temps de penser à celui qui va le lire. Et lire, c’est pendre le temps de comprendre celui qui a écrit.
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